Le Chemin de Saint-Michel
(Du Mont Saint-Michel au Monte Sant'Angelo)
Michel Maubert


 
I - Prologue : Paris -> Mont Saint-Michel

 
Du 3 au 17 Mai 2009


       Après avoir parcouru les 4 chemins “historiques” vers St Jacques, un peu désœuvré,
       je me demande ce que je vais bien pouvoir entreprendre.
       Un matin “Euréka” : « Ton patron c’est Saint-Michel, marche vers l’Archange »
      me dit une petite voix.  Mais le Mont Saint-Michel,  je connais, j’ai traversé plusieurs fois la baie
      et ce n’est pas très loin :  il faudrait quelque chose de plus lointain,
      qui me dégourdisse les jambes … : Le Monte Sant’Angelo

      Le culte de St Michel est originaire de Byzance et le Monte Sant'Angelo, plus ancien sanctuaire
      dédié à l'Archange sur le continent Européen, date de l'époque (Fin du 5ème siècle) où l'Empire
      Byzantin occupait le sud de la péninsule italienne. Caché dans une profonde grotte au sommet
      du Monte Gargano, au nord de la région des Pouilles, il domine l’Adriatique d’environ 750m.

       Vers 1033, il devient normand, au moment où ces peuplades (encore un peu Vikings !)
       partent de Coutances et font la conquête de cette région et de la Sicile.
       Puis il y a des relations suivies, des échanges de moines et des pèlerinages entre ces 2 sanctuaires
       (Monte Gargano et Mont St-Michel). Le Sanctuaire du Monte Sant’Angelo, consacré le 8/5/492)
       est antérieur d’environ 2 siècles à notre Mont Saint-Michel (709).
       Je connaissais déjà le sanctuaire italien pour l’avoir visité 2 fois lors de vacances
      avec ma famille dans la région des Pouilles, sans en avoir gardé un grand souvenir …  
       Mais l’idée de traverser d’abord la France dans toute sa largeur,  
       puis de descendre l’Italie par Turin, Sienne et Rome m’a tout de suite enthousiasmé … !
       

     

      Récapitulatif général : Paris Notre-Dame – Mont Saint-Michel – Sacra di San Michele – Monte San Angelo

      Et.

      Départ

      Parcours et Arrivée

      Dates

      km

      I

      Paris /Notre-Dame

      Prologue : Paris - Mont St Michel (par St Germain-en-Laye, Verneuil/Arve, L’Aigle & Argentan)

        3/5 – 17/05/2009

      340

      II

      Mont St-Michel

      Nevers (par Alençon, Nogent le R., Châteaudun, Tournoisis, Orléans & la Loire)

      17/9 – 05/10/2009

      510/850

      III

      Nevers

      Ordonnaz (par Paray le Monial, Tramayes & Ars)

      12/5 – 25/05/2010

      330/1180

      IV

      Chambé./ Yennes,

      St P. d’Entremont, C. de la Croix de fer, Mont Cenis, Susa, Sacra di San Michele Turin

        4/9 – 17/09/2010

      280/1460

      V

      Turin

      Rome par le Piémont, la Ligurie (Alpes Liguriennes et Apuanes) la Toscane et le Latium

        8/5 - 15/06/2011

      870/2330

      VI

      Rome

      Monte Sant’Angelo / Gargano

      ..9/5 – 24/05/2012

      430/2760

      Total Km effectués à Monte Sant’Angelo (environ ! à ±50km …)                                                                 2760



      Départ de Paris Notre-Dame, pas moyen d’avoir un tampon sur ma « crédentiale»! Au fronton du porche central,
      un superbe St Michel (psycopompe) “pèse les âmes”. Sur la place, au dessus de la fontaine, St Michel chasse le démon.
      Le patron de la brasserie “Au départ Saint Michel” remarque mon sac (Raidlight) :« Oh un raideur ! »
      Il est lui-même raideur. Il m’offre un café pendant que je lui explique mon projet.
      Il me met un superbe tampon « Le Départ Saint Michel – 75005 Paris, le 14/4/2009 »
      Je rentre à pied chez moi, à Saint Germain-en-Laye (environ 26km) qui est sur mon chemin vers le Mont …
      Les jours suivants je fais la première étape par morceaux en rentrant à la maison chaque soir puis,
      c’est le vrai départ seul, pour le Mont.

     



      Mon ami Ian, Anglais, rencontré sur le camino en 2000, enthousiaste quand je lui ai fait part de mon projet, est retenu,
      il ne me rejoindra que pour la 2me partie du voyage.
      Je suis heureux de traverser cette belle et riche région, et la solitude me va.
      Les cartes IGN indiquent les chemins et les GR11 et 22 vont dans la bonne direction, les petites routes sont sans voitures.
      Le plus compliqué est de trouver des hébergements :
      Pas de gîtes, des petits hôtels, ou des chambres d’hôtes, c’est plus cher …
      A Argentan, chez les Bénédictines, la sœur hôtelière me reconnait : son père fut un de mes collègues et son mari
      (elle est veuve … !) a été professeur de mes filles ! Je suis toujours choyé chez les religieuses …

     

                                            


      A Genêts il faut prendre un guide pour traverser la baie, c’est indispensable.
      Les guides officiels conduisent des groupes pour faire l’aller et le retour dans la journée, en tenant compte des marées.
      J’ai obtenu qu’il ne me fasse payer que l’allée et me laisse sur le Mont d’où je suis reparti pour Paris.
      Je ferai le retour, quand je repartirai du Mont vers l’Italie avec mon ami Ian.

     


                               


                                              II - Mont Saint-Michel -> Nevers

                                            
           Du 17 Septembre au 5 Octobre 2009


      C’est parti pour 510km (environ) du Mont St Michel à Nevers.
      La moitié de la France, dans le sens de la largeur.
      Je retrouve Ian sur le quai du RER B, et nous gagnons la gare Montparnasse,
      puis Rennes en TGV et de là, le Mont par le bus !
      Pas d’hébergement possible sur le Mont, ce soir là :
      Nous passons la nuit dans un bungalow avant la digue
      et pouvons admirer la “Merveille” illuminée : splendeur dans la nuit !
      Le lendemain, Ian est séduit par la visite du Mont.
      Protestant méthodiste il veut m’accompagner à la messe, tout en haut, dans l’abbatiale.
      Après la messe, le prêtre nous donne la “Bénédiction des pèlerins”
      coupant court aux réticences d’un Ian, un peu inquiet…: 
      « Catholiques, protestants ou méthodistes, nous sommes tous des enfants du bon Dieu… ! »
      et il y va de sa bénédiction sur Ian tout étonné par cette forme d’œcuménisme… !
      Traversée de la baie dans le sens Mont Terre, l’eau glacée arrive à mi-cuisse !
      Nos compagnons de traversée, touristes venus pour la journée, sont intrigués par nos sacs…

      Le 19/9/09, début de la marche.
      A l’aube, le long de la baie : Un des plus beaux spectacles qu’on puisse contempler :
      Le Mont flotte dans une brume rougie par le Soleil qui se lève sur les falaises d’Avranches :
      C’est extraordinaire !
      Premier jour mouillé. C’est grâce à cela que la Normandie est si verte …

     




     

      Avranches, St Hilaire, Domfront, Bagnoles de l’Orne :
      arbres chargés de pommes bien rouges sur pâturages bien verts !
      Beaux chemins dans la campagne.
      Une piste cyclable sous les arbres et à l’abri des voitures emprunte
      l’ancienne voie ferrée … et nous mène jusqu’à Domfront.

      Aboiements furieux déclenchés par notre passage dans les villages,
      mais à « Villechien » : pas un chien !  Sauf, en pierre, sur le toit de l’église !
      Au lieu-dit :“cul-froid” ma traduction (cold ass) …
      amuse bien mon compagnon de chemin !

      Au moment où la faim commence à se faire pressante, dans un village
      traversé, une porte surmontée du cigare rouge des bureaux de tabac est
      grande ouverte. Personne ... ? Nous nous installons dans la grande salle
      de ce qui semble être un café, avec l’intention d’y déjeuner …
      Enfin une dame arrive, s’essuyant les mains à son tablier :
      « Le bistrot n’existe plus, mais on n’a pas retiré l’enseigne »
      nous nous excusons.  On nous permet de déballer nos victuailles
      (c’était déjà fait !) et on nous offre un bon café…
      Le soir, chambres d’hôtes, souvent très sympa ou petits hôtels.
      L’accueil, est toujours bon, même si, dans un coin perdu du Perche
      nous sommes injuriés et menacés par un “fou d’Allah”,
      patron du “bouiboui[1]” où nous échouons, faute d’autre abri…



      A Alençon, Ian découvre émerveillé le “Pot au feu” à la française, servi froid avec une vinaigrette…
      Celui de ma mère était bien meilleur… !
      Le matin, dans la forêt embrumée, on a l’impression de flotter…
      La Perrière, seule auberge à “dix lieues à la ronde” (j’exagère à peine) c’est jour de fermeture…!
      L’aubergiste nous attend (Merci St Jacques et St Michel nos saints patrons !). Il nous a préparé une chambre de roi
      et un dîner pantagruélique et délicieux, … difficile à digérer ! Fin cuisinier, il est aussi un peu brocanteur.
      Ian, pourtant grand randonneur, a le dos brulé, par le frottement du sac :
      “Cicatryl”, remède miracle a un effet immédiat.
      Indispensable et facile à emporter (aucunes royalties pour moi …!) J’en ferais un usage très efficace, en Italie…

     


                                        


      Le Perche, collines humides, très beaux “percherons” au pâturage, grosses fermes fortifiées,
      châteaux rustiques avec tourelles d’angle, églises de campagne sans prétention, mais ouvertes.
      Deux choses, sans doute inconnues au Royaume Uni, étonnent beaucoup “my british friend”, dans chaque village :
      le monument aux morts. Avant Orléans, nous en voyons même un, commémorant “l’armée de la Loire”, guerre de 1870 !

      Autre source d’étonnement : les médaillons ovales et dorés, enseignes de tabellions (notaires et avoués),
      s’il les photographie tous comme ces premiers jours, on n’en a pas fini...

     


                                 


    Dans la Beauce : les champs sont nus … J’ose réciter : « morne plaine … »[2] Seules les éoliennes animent la « platitude » !!!


       Châteaudun, malgré un nouveau jour de fermeture, nous sommes attendus
       à l’hôtel St Louis et accueillis par le patron, un Tunisien. [Il y a longtemps…
       à l’école, on apprenait que St Louis était mort de la peste devant Tunis … !].
       Hôtel nickel et confortable. L’hôtelier tient à nous présenter sa famille :
       Femme, mère, belle-mère, en djellaba, et jeunes enfants …
       Puis il m’explique comment utiliser le percolateur, pour qu’en son absence,
       nous puissions déjeuner le lendemain matin, enfin il nous laisse la clé de l’hôtel !
       Un des plus aimables hôteliers du trajet ! Et encore une bonne rigolade pour Ian,
       quand au matin, il me voit manipuler le “perco.” Une photo immortalise la scène.

     



      Route rectiligne, pas de chemin : les gros engins agricoles ne les respecteraient pas, mais ce dimanche matin,
      la circulation est inexistante. Une petite “Clio” blanche nous croise et environ ½ heure plus tard, nous double
      et s’arrête à quelques mètres de nous. Vitre baissée, une main nous fait signe à la fenêtre.
      A l’aller, la conductrice, nous a vus marcher sur le bord de la route, sac au dos et pleins d’entrain.
      Elle en a été tellement émue, qu’elle nous a acheté des croissants en prenant son pain…
      Elle reste assise dans sa voiture mais veut tout savoir de nos projets.
      Quand enfin je remarque le fauteuil d’handicapé plié à l’arrière…
      C’est moi qui suis très ému !… Souvenir poignant !

     


       Quelques bouquets d’arbres, abris pour le gibier,
       meublent ce paysage monotone.
       En ce dimanche ensoleillé les chasseurs arpentent le terrain,
       fusil sous le bras.
       J’en profite pour parler un peu avec eux : encore une photo !
       Ian, est tout heureux d’enregistrer des scènes conformes à l’image
       (assez condescendante) du Français vu par les Anglais :
       béret sur la tête et baguettes de pain sous le bras…

     


      « Au relais St Jacques », seul hébergement sur cette route,
      les patrons nous attendent avant de partir à Orléans,
      assister au défilé de vieux bateaux de rivière  
      (“Les voiles de la liberté” à l’échelle de la Loire …)
      L’hôtel est à nous pour la soirée, avec un superbe plateau repas
      et une très bonne bouteille …
      Dîner sur la terrasse embrasée par le soleil couchant :
      Il y a de bons moments sur les  chemins …!

     

     


      Nous rejoignons la Loire : ciel et nuages se reflètent dans le fleuve paresseux, qui joue avec les iles.
      Nous suivrons ses rives jusqu’à Nevers, l’abbaye de Sept Fonts et Digoin (environ : 300km)
       


                                                                                            


      Jour de repos à Orléans, pour la St Michel. Visite : Ian ému (aux larmes),
      découvre dans la cathédrale (transept gauche) la chapelle dédiée
      à Jeanne d’Arc tapissée de plaques portant les noms des très nombreux
      soldats Anglais, tués en France, au cours des 2 guerres 14/18 & 39/45 !
      Accueillis à St Jean le Blanc (faubourg d’Orléans)
      par les “Sœurs de St Jean” : grande gentillesse et discrétion …
      Dîner, en silence, rompu de fou-rires et coups d’œil taquins…
      La supérieure est absente : il faut en profiter … !
      Nous quittons Orléans, quelques barques, rescapées de la fête,
      ornent encore la Loire.

     





      La “levée de terre” le long de l’eau offre un parcours très agréable, le chemin n’y est pas toujours tracé, et par moment
      c’est un peu difficile, mais jamais encombré … Les rencontres y sont très rares et les possibilités de ravitaillements aussi !…
      Quelques péniches, des bateaux de tourisme (nationalités diverses) et beaucoup d’oiseaux :
      Beaux hérons gris à l’envol élégant.
       

     


      Germiny des Près
      , église carolingienne qui m’évoque l’église de Charlemagne à Aix-la-Chapelle :
      Banco, le rapprochement est confirmé par la notice de l’O.T.
       

     


      St Benoit-sur-Loire
      , pas de mot pour dire la beauté de cette abbatiale
      Après un bon accueil, le frère hôtelier gronde car j’ose émettre que Ian, méthodiste,
      n’est peut-être pas obligé d’assister aux vêpres : Ian décide de venir sans faire d’histoire !
      Le même frère nous invite avec emphase : nous dînerons avec le Père abbé !
      Impressionné, je réfléchis à ce que je vais bien pouvoir lui dire…
      Le réfectoire est immense et le Père abbé est à une extrémité,
      avec le prieur et quelques autres, à une table dans la largeur…
      Puis tous les moines le long des deux cotés.
      Nous sommes à l’extrémité d’un des côtés, à une petite table, à part !
      Silence : “lectio divina”, barbante ! Un frère convers passe les plats.
      Il a une bonne bouille : grimace et sourire (de connivence ?) en coin !

      Le lendemain matin, la clôture juste franchie, je ne trouve pas mes lunettes !
      Impossible de poursuivre sans elles.
      Le portier refuse, de façon catégorique et agressive, de me laisser retourner les chercher.
      Il y va lui-même et ne les trouve pas ! Furieux, je force le passage :
      Les lunettes sont là, par terre, à l’intérieur, à moins de 2m de la porte…
      Dieu merci, il n’a pas marché dessus !
      A l’extérieur, un jeune moine, sympa me donne des indications claires pour la suite du chemin.
      Ian photographie la scène ...
      J’ai toujours reçu un très bon accueil dans toutes les autres communautés de moines et de nones …

      Qu’ai-je donc pour que les Bénédictins, à 4 reprises, et sur des chemins différents,
      me fassent regretter d’avoir eu recours à eux ?

     

     

      “La poule au pot”…  “labourages et pâturages …” autant de souvenirs
      qui ne disent rien à Ian, ni sans doute à mes petits-enfants...
      Le parc du château du Seigneur de Sully, ministre du bon roi Henri (IV),
      nous abrite pour le casse-croûte que nous dévorons face aux tours,
      mâchicoulis, douves etc. …

     

     


      A l’étape, Ian part à la découverte et déniche le seul restaurant ouvert, qui, par chance, doit être le meilleur rapport
      qualité/prix du coin (selon lui). Une anglaise ( ?) assez âgée tient les fourneaux : le résultat est plus qu’excellent !
      Sur la rive opposée, Giens, au matin, est emmitouflé dans une épaisse brume rouge sang.
      Très belle lumière sur le fleuve. La brume monte de l’eau et on avance sans jambe !

     


                                        


      Hors du chemin de halage, un peu monotone, les GR font découvrir de beaux paysages,
      mais rallongent beaucoup l’étape.
      Pause café (ou coca.) le patron du troquet aimerait bien nous garder à déjeuner :
      « Un sac vide n’a jamais tenu debout »
      allusion pertinente, qui ne nous retient pourtant pas…
      Rien ne vaut nos sandwichs dégustés au bord de l’eau …
      Ce soir l’hôtelier, broie du noir
      (Il a fait du théâtre avec Belmondo…puis il a hérité cet hôtel à la campagne et regrette Paris !)
      Pleurant sur ses malheurs, il nous offre un café…

     


                                               
     


      Et, pendant que je visite, seul, Beaulieu/Loire, Ian tombe dans un guet-apens, mené par le patron et 4 à 5 gars du pays
      qui n’ont pas peur du Ricard !… Il en sort un peu flottant … Sacré Ricard !
      Le Patron lui, en est à plus de 12, et malgré cela il nous prépare un excellent dîner,
      et boit encore, pour accompagner ses copains/clients … !
      Au matin, la salle est un vrai champ de bataille … L’hôtelier ne se levant pas : il faut le tirer du lit (il a très mal à la tête !)
      pour avoir notre petit déjeuner, le casse-croûte du déjeuner et payer …
      Des compliments, mérités, sur sa cuisine ramènent un pauvre sourire !

      Impression d’être dans un parc : canal bordé de grands arbres, (beaucoup de noyers), villages proprets et fleuris.

      A Belleville : chemins d’eau avec une grande variété de plantes aquatiques (genre Nénuphars ou Iris).
      La Centrale électrique voisine doit payer une bonne taxe professionnelle ! Le résultat est, en tous cas, remarquable.
      Pour certains hôtes, la “soirée étape” est (restons polis) un attrape-nigaud : repas de qualité médiocre
      et quantité limite pour des estomacs affamés. Nous nous consolons en pensant que la nuit n’en sera que meilleure !

     

     


      Au Pays de Sancerre, quittant un moment le canal, nous traversons
      les vignobles, très bien soignés, qui ont revêtu leurs couleurs d’automne.
      Les noms des bourgs traversés chatouillent agréablement le gosier…
      Sancerre, Pouilly …
      A Mesves sur Loire, nous cassons la croûte à la terrasse d’un bistrot,
      un marché festif, s’organise autour de nous :
      Fabrication du boudin chaud, légumes inconnus des citadins,
      petite foule joyeuse et aimable : nous sommes en pays de vin…(et du bon !)
      Nous ne pouvons pas (hélas) nous laisser tenter par les nombreuses offres
      qui nous sont faites, mais répondons avec plaisir aux questions,
      au sujet de notre marche. On doit nous considérer comme un rien cinglés.

     

     

      Au soleil couchant, des pêcheurs sur la Loire, de l’eau à mi-cuisse,
      dans la lumière dorée.
      Les tours jumelles de La Charité-sur-Loire nous font signe.
      C’est toujours, avec la même émotion que je retrouve l’abbatiale dont le chœur
      et le chevet des XIe et XIIe siècles sont parmi ce qu’il y a de plus beau
      dans l’art de Cluny.


      Etape majeure sur le chemin des pèlerins de Vézelay à Compostelle.
      Gîte très agréable. Encore une fois, en ville, tout est fermé, sauf un café,
      en face, qui ne fait pas à dîner.
      Ce soir il faudra se contenter d’un Kebab … Je regrette le boudin de Mesves !


      En suivant la Loire, tous les arbres (de beaux chênes) sur la levée, ont été abattus.
      Le cantonnier a qui je demande les raisons de cette hécatombe :
       « A cause de l’administration ! », je ne suis pas mieux renseigné …
      Les entrées de ville sont souvent pénibles,
      avec les zones industrielles ou commerciales.

     

     


      A Nevers, j’ai l’impression que ça ne se terminera jamais ! Mais nous arrivons enfin à la gare,
      où nous prendrons le train pour Paris demain matin.
      Le soir, c’est mieux que le kebab : très bon repas, dans un endroit chic, repéré par Ian (décidément ces Anglais !!!)
      Nous admirons en sortant les monuments de la ville illuminés.

     


                        

    [1]- selon ses propres termes !

    [2] - “Waterloo” – dans “Châtiments” de Victor Hugo

     

 

      
    III - Nevers -> Turin

    Départ de Nevers le 12 Mai 2010.

       


        Cathédrale : Miquelots, pèlerins de St Michel ?
        Un “Monte St’Angelo” en Italie ?  Qu’est-ce … ?

        De nombreux sanctuaires sont dédiés à St Michel en Europe, par exemple :
        Saint Michel d’Aiguilhe au Puy en Velay.
        La “Sacra di San Michele” à égale distance des 2 Monts est notre objectif
        pour cette partie du pèlerinage.


             
                        
        Mont Saint-Michel                                            Saint-Michel d'Aiguilhe - Le Puy en Velay
          
            
          
                     La Sacra di San Michele                                           La Grotte de Monte Sant'Angelo

        Froid de loup ! La chaudière du seul hôtel d’Imphy a explosé.
        Habillés, dans nos duvets, c’est encore très juste.
        Petit déjeuner avec un couple marchant de Genève à Perros-Guirec.

        Decize
        , l’hôtel, chauffé, ne pratique pas les prix pèlerin !
        Le lendemain, sous le coup de l’addition, nous partons en sens inverse.
        Ian s’en aperçoit : retour rapide sur nos pas, mes pieds vont le payer très cher !
        Froid encore, à l’abbaye trappiste “Notre Dame de Sept Fons”. Sourire du frère hôtelier !
        Avant Digoin, un superbe pont-canal enjambe la Loire.


         

       


        La nuit, en dormant, j’écorche l’ampoule formée au cours de la marche forcée.
        Située sous le coussinet du pied, elle me fait très mal.

        Ampoule soignée à la pharmacie, nous repartons, je boite...

        Paray le Monial et sa basilique romane.


         

       


        Laissant canaux et rivières, nous cheminons sous le regard indifférent des vaches,
        parmi les herbages humides du Charolais.
        Une dame en voiture, me voyant boiter, nous embarque d’office pour les 5 derniers km :
        merci … je n’aurais pas pu finir l’étape à pied !
        Après une bonne nuit nous repartons, moi clopin-clopant, rejoindre à Tramayes, le “Chemin d’Assise

        (Le chemin d’Assise part de Vézelay pour rejoindre Assise. Il est très bien balisé par l’Association : « Chemins d’Assise »)

        Pharmacie, soins et injonction : 1 jour de repos ! Alors qu’Ian fait une belle étape, en forêt,
        je me morfonds à l’hôtel et rejoins Beaujeu en taxi : Ian n’a pas succombé à la tentation du Beaujolais… !




        Suivent 22km de montées et descentes sur la pierraille qui roule !


        (1ère balise avec un "Tau" lettre de l'alphabet grec, signature de St François d'Assise.)

         

       


        Alex nous rejoint à St Cyr-le-Chatou où la chaleur de l’Accueil chrétien" efface toute la fatigue du chemin.
        (Accueil bénévole réservé par des familles à des pèlerins munis de leur crédentiale)

        Hôtes généreux, ouverts et cultivés, dîner familial, les fenêtres de la salle offrent des échappées somptueuses.
        Soins experts de notre hôtesse et direction Ars.
        Chapelle de St Bonnet, églises couvertes de tuiles vernissées, châteaux, vignobles …

           


          Saône franchie à Villefranche/Saône, nous arrivons à Ars-sur-Formans :
          Pauvre et émouvante masure du Curé d’Ars, à coté de la basilique moderne.
          Les “Religieuses de la Providence” tunique vietnamienne ou boubou africain,
          selon le pays d’origine, nous accueillent avec toute leur gentillesse.
          Il fait très chaud, lorgnant les fauteuils de jardin avec envie, j’entends :
          « Vous ne pouviez pas me faire plus plaisir !»
          Je n’ai pas formulé ma demande que la maman des 5 jeunes garçons jouant au jardin,
          nous fait asseoir et nous offre des boissons fraiches.
          Ian pose avec le dernier dans les bras… !
           

         

       

         

          GR Beaujolais-Bugey par la Dombes” entre bois et étangs, j’ai trop mal et termine en taxi.
          Le Montellier 
        : pied enflé et douloureux : pourrais-je poursuivre dans ces conditions ?

         

         

         Dimanche de Pentecôte :
         beau parcours dans les bois pleins de chants d’oiseaux.
         Remparts de Pérouges puis Meximieux.
         Les boutiques, ouvertes, nous évitent de mourir d’inanition !
         Accueil plus que raffiné à Vertrieu :
         Maison de caractère, Parc donnant sur l’Ain.

         

         

          A côté, un perroquet siffle la Marseillaise,
          bien mieux que nos footballeurs !
          Au matin, on nous conduit à St-Sorlin-en-Bugey :
          Maisons à fresques.

         

       


        Montée très raide en forêt,  chemins défoncés, bruit infernal des quads … !
        Col de Portes” ≈ 1000 : les Alpes au loin ! Prairies fleuries en descendant, épuisé, sur
        Ordonnaz.

         

        « Délicieux votre ragoût » fière de son civet, l’hôtesse blêmit : ragoût ici, ça n’est pas ragoûtant … !
        Mais ça l’est au pays basque … ! Alex voulait être aimable …, il se confond en excuses !

        J’ai trop mal : mais comment annoncer à mes compagnons que je suis obligé d’abandonner?
         

       

      Dans la nuit Ian est appelé : sa maman est mourante : nous rentrons tous, taxi et train !

     


      Retour sur le GR 65 à Yenne le 3 Septembre 2010.
       


      Ian me rejoindra plus tard ...
      La “Pierre qui vire” : belvédère sur la vallée du Rhône : pierre qui voit, ou pierre qui tourne ?
      Ancien site de sacrifice gaulois ?




      St Maurice-de-Rotherens :
      Au gîte, Louis est un ami de P.M. avec qui j’ai sympathisé sur le chemin de Fisterra en 2007 !
      Vers Attignat-0ncin, vieux quignon à midi, étape de luxe le soir, addition salée !

      Un énorme sandwich dans le sac vers St Pierre d’Entremont : panoramas incroyables.

      Ian me rejoint à St Hugues de Chartreuse, malgré pluie et transports en grève : Il est à l’heure.

      Le chemin creux monte face au gîte et débouche sous la Dent de Crolles illuminée par le soleil.
      Elle domine la vallée de l’Isère entre massifs de Chartreuse et de Belledonne.
      La “chute folle de Craponottombe au fond de la vallée !
      Ian, sans sticks, n’aime pas du tout :
      Chemin à pic, étroit, épineux, roches et pierres qui roulent, ravin sur le côté ...
      En bas, jambes tremblantes, tout étonnés d’être là, entiers !



       

     

       

       

        Entrant en ville, une plaque : “Chien Lunatique” amuse Ian,
        qui veut acheter des sticks (Bâtons de marche).
        Trois jeunes enfants dans la voiture, la maman est heureuse
        de nous conduire chez un vendeur,
      Merci à elle !

        Entre pâturages et bois d’acacias le "Tau" fait défaut :
        La   montée est raide, vers Laval :
        “Accueil chrétien”, maison dominant la vallée de l’Isère face
        à la “Dent de Crolles”, encore éclairée au couchant !


      Monument au “Maquis du Grésivaudan après une difficile montée dans la boue…
      « Ne vous trompez pas au parking ! » nous prévient-on !…
      Une voiture est rangée devant la barrière, sans hésiter nous suivons le GR20 bien balisé qui correspond
      à ce qui devrait être notre chemin vers le “Pas de la Coche”: 3 heures de dure montée et arrivée au Lac de Crop,

      sinistre, cerné de sommets (2600m) pierreux, hostiles : je me suis trompé !...


          

      Ian veut escalader les montagnes : il est 16h, il pleut, ni carte ni chemin. Evaluant les dangers je rechigne.
      Nous retournons sur nos pas ! Le "T", très visible, était caché par la voiture le matin … !
      La nuit tombe, il nous faut un gîte : Une anglaise promène ses chiens !
      Elle nous emmène, chez “la Mairesse” : santiags, jeans moulant et feutre de cow-boy.
      Avec son portable, madame le maire trouve le gîte, et la crêperie ouvre pour nous … !
      Le gîte retenu la veille, de l’autre côté du col est prévenu à temps : on partait nous chercher dans la montagne !
       

     


      Il fait beau, le “Pas de la Coche” est atteint sans peine, vue grandiose … !

           

      Au “Rivier d’Allemon” la gérante de la crêperie est originaire d’Afrique du Sud,
      et propose du “babotie”
      (Plat national d'Afrique du Sud, composé de différentes viandes...)
      Ian connait bien !
      2 cyclistes de Londres, en vacances, déboulent la côte, s’arrêtent et prennent part à la conversation, entre anglais …!

       

     


      “Col de la Croix de fer”
       : il faut vite descendre sur St-Sorlin-d’Arves
      où le seul hôtel ouvert nous offre sa dernière chambre.


          
      Nous sommes fourbus : 2 cols et plus de 10h de marche dans la journée …
       

     


      Le “Col d’Arves”, ouvre la vallée de la “Maurienne”, qui est remontée en 2 jours sur le flanc Nord.


           

      St-André, le gîte est aussi tenu par une Sud Africaine… ! Le “Chemin du Petit Bonheur”, conduit à Bramans,
      au pied du Petit Mont Cenis. Nous rencontrons 6 dames belges en chemin vers Assise !
      Le lendemain nous les doublons, en montant vers le col, elles ont la pêche !
       

        
        Le col  (2200m), ciel pur, soleil, vent glacial !  Casse-croûte à l’abri d’un rocher entre carlines et marmottes.


               
            


      Gîte d’altitude bien chauffé ! Truites du vivier voisin et tarte à la framboise, un vrai régal !
      L’énergie de ces dames m’impressionne :
      De Vézelay à Assise, portant leur sac, elles font les mêmes étapes que nous,
      couchent en dortoir et marchent 10 à 15 jours par an. Pas facile, l’intendance pour 6 chaque soir.
      Elles étudient très bien les cartes, et m’expliquent la route de demain : Grâce à elles je ne me trompe pas !
       

     

       

       

        Froid glacial, parka et polaire : Un pied en France et l’autre en Italie :
        Joie d’être arrivé jusque là !
        “L’Antica via dei monaci(Antique voie romaine) balisée,
        descend plus raide que la montée de la veille !
        Pour pimenter, nous coupons les lacets du chemin.
        Ian n’a plus peur de rien, avec ses sticks !
        La température grimpe, nous nous retrouvons en chemisette …
        Entrée à Susa, belle porte.


      Plume d’aigle au chapeau et chemises à carreaux, les "alpini" enterrent un des leurs.
      (Les alpini sont les chasseurs alpins italiens, avec des chapeaux style Robin des bois, garni d’une belle plume d’aigle.
      Comme il y a des montagnes presque partout en Italie, il y a beaucoup d’alpini. Un alpino, des alpini …)

      L’eau des montagnes court partout, ruines romaines, gîte confortable dans un couvent modernisé.
      Nos amies belges, parties après nous, sont déjà là, et elles ont visité les ruines !
      Nous dinons joyeusement tous ensembles.




      Vallée de la Susa 
      : calicots : «NO TAV»
      (TAV : treno alta velocita, train à grande vitesse, qui devrait relier la France à Turin en passant sous les Alpes
      et déboucher dans la vallée de la Susa. Les habitants ne sont pas d’accord et manifestent : plus important que Notre Dame des Landes …)

      Au bistrot, drapeaux italiens et portraits du “Duce” ???
       

     


      Dernière étape, San Pancrace : La Sacra di S. Michele domine la vallée, au loin.
      Notre hôtesse, nous conduit en Fiat,
      au départ de l’ancienne voie muletière qui y monte :
      encore une aide spontanée !



      Arrivée devant l’imposant monastère/forteresse, bâti sur le rocher.

             
       

     


      La brume cache Turin et la plaine mais la visite justifie l’effort.
      En sortant, dernière rencontre avec nos amies belges.




      Descente en courant, (nous avons l’habitude !)
      Train sale, écoliers gentiment chahuteurs, banlieues tristes, déjeuner en ville...
      Visite rapide, sac au dos, de Turin.



       

     

      Retour à Paris, en train de nuit.

 

     
    IV - Turin
      -> Rome

    Départ de Turin pour Rome le 8 
    Mai 2011 

       


        Train Paris-Turin. Hôtels complets. Minuit passé il faut se battre pour 2 lits étroits.
        Nuit brève et maigre “prima colazione” ! Tout est fermé, nous avons faim !
        Vers midi, une dame étend du linge au balcon :

        « C’e un panificio vicino? 
        (Y-a-t-il une boulangerie par ici ?) »
        La dame nous offre 1/2 miche et s’excuse : « Il est d’hier ! »



        Ça nous va très bien, MERCI ! Pain rassis et saucisson (sorti du sac) nous réconfortent.
        Nous retrouvons le Chemin d’Assise à Carmagnola. Seule une pizzeria est ouverte, ce soir.
        Nous dînons avec Roger parti de Vézelay, il nous devancera partout, sur le chemin …

        Nous suivrons le T et sa colombe, jusqu’à Sienne !
         



        Champs de colza, énormes camions emportant les récoltes dans la poussière et le bruit,
        chiens rageurs, ciel bas, vent frisquet, mais nous y sommes ... !

        Ceresole d’Alba
        , changement de pays :
        Collines verdoyantes, immenses plantations de noisetiers aux sols bien nettoyés (Nutella).
        Les vignes sont proches : c’est le Roero, avec ses vins fameux … !




        Agriturismo

        (Les Agriturismo, sortes de chambres d’hôtes ou gîtes de vacances installés dans des domaines agricoles, généralement très agréables)

        Chambre, déco, vue, nourriture : superbes. Addition à la hauteur. Dur de gérer !
        Photos d’un “alpino”, père de l’hôtesse. Pendant la guerre 39/45, cette région du Roero (100.000 habitants)
        a perdu 30.000 jeunes sur le front russe = 30% de la population - Merci Mussolini … !

         

       




        Chemin accidenté, bien balisé. Ian est “chef de marche”.
        Neive, bourg dédié au vin, s’enroule sur le sommet d’une colline aux pentes couvertes de vignes.
        Vieux palais et belles églises, sur une des coupoles, l’Archange St Michel pourchasse Satan



        J’ai demandé à Angela un dîner léger : il est préparé devant nous, typique et délicieux…
        Mais stop
         : je n’en peux plus !
        Et le bavardage continu d’Angela, me soûle … ou est-ce le vin généreux ?
        Je monte. Ian, lui, apprécie !


        Canelli, Acqui-Terme
         : étapes éprouvantes, chaleur pénible.
        Nous nous trompons et nous disputons : d’accord sur le chemin,
        pourquoi nous retrouvons-nous sur cette route à grand trafic ?
        Acqui-Terme, hôtel pour curistes ! Dorlotés, nous le méritons bien, et la suite sera plus dure encore... !
        Un petit gué nous attend dès le départ, mal évalué, mes chaussures trempent !
        Ian, lui, prend le temps de les enlever.
        Le seul “Alimentari"
        de l’étape ferme quand nous y arrivons : sympa, on nous sert !
        ( Alimentari : petites supérettes où on trouve de tout et surtout de quoi manger : pain, jambon, boissons, fruits, etc.…)
         

       

         

         

           Gourou, vêtu de blanc, longue barbe et bâton de prophète.
          Il nous prédit la mort dans les montagnes que nous abordons,
          alors qu’une brume froide nous enveloppe.
          En attendant, polaire et coupe-vent !

          Après Campo Liguri, “L’Alta-Via dei monti liguri” :
          (Les Monts Ligures : chaine de montagnes très escarpées,
          qui longe la méditerranée depuis La Spézia jusqu’aux Alpes,
          entourant le golfe de Gènes d’une barrière abrupte,
          “Le Cinque Terre” en font partie.
          Cette chaine se prolonge vers le sud par les Alpes Apuanes) 

          9 étapes difficiles, sur chemin de crêtes,
          la beauté indescriptible des paysages laisse sans voix...,
          les dénivelées, sans jambes… !

        Orage et pluie diluvienne, le guide annonce des à-pics vertigineux :
        Faut-il y aller ? Nous choisissons la route : soleil et vent glacé…  
        Epuisés, nous échouons loin du but !
        Les responsables de l’Alta-Via nous voiturent jusqu’à Pietralavazzera :
        Le chemin, bien plus court, n’était pas dangereux … !
        Ambiance très agréable de village de montagne !
        Le lendemain on nous conduit au
        Passo della Boccetta
        point de départ de l’étape.
        (Le Passo est un col, nous allons en franchir beaucoup sur l’Alta-Via. Bocceta : Col du bosquet)



        La vue s’y étend depuis la Corse jusqu’aux Alpes enneigées, le golf de Gènes est à nos pieds !
        De passo en cols, voie bien balisée et panoramas extraordinaires.
        Le bâton fléchit sous mon poids :
        La descente de Creto, abrupte, dans les rochers, a bien failli être la dernière pour moi.
        Le tibia saigne abondamment : “Cycatril” arrête cela immédiatement … !
        Prairies et bois, le chemin fait juste la largeur du pied et les pentes sont à 75-80% de chaque côté.
        Rien pour se retenir en cas de glissade. Pas rassurés ni l’un, ni l’autre !
        Peut-on imaginer région plus tourmentée et escarpée ?
        Mais quels panoramas, quelle beauté indicible !!!

         

         
         

          Passo della Scoffera, gîte sous le clocher.
          Seuls, nous déposons le pain qui nous reste sur la table
          avant de faire les courses.
          En notre absence, arrive un jeune couple d’Autrichiens,
          qui dépose son pain avec le nôtre,
          puis va à l’Alimentari, fermée entre-temps !
          Ignorants, nous mangeons les 2 morceaux de pain.
          A leur retour : tout est consommé !
          Ils refusent tout ce que nous pouvons leur offrir !
          Veulent-ils se venger ?
          Ronflements, lumières, remue-ménage...
          De plus le clocher tremble 2 fois toutes les heures
          et 1 fois pour les ½ : nuit horrible !

          Marche vertigineuse sur les crêtes,
          descentes difficiles en forêts.
          Fatigués, nous arrivons à Cabanne,
          très grand gîte pour nous seuls.
          “Anti-pasta de la Casa” phénoménales,
          pas de cloches entre 22 et 7h !
          Mais quelle bête hurlait-elle dans les bois, ce matin là ? 


        Impressionnant ! Passo del Bocco :
        De la vallée, on monte ouvrir le gîte pour nous, le chauffer et cuisiner repas, colazione et casse-croûte.
        Le tonnerre gronde alors que nous cassons la croûte en altitude : Ian est nerveux !
        Sans le savoir, nous sommes très près de l’étape :
        Le “Ranch” à Cento Croci, et arrivons avec les premières gouttes.

         

       


        Sur “l’Alta-Via”, nous avons vu 2 ou 3 monuments, mémoires des maquis de partisans anti-facistes.




        Alex nous rejoint
        . Le fleuve Magra, maigrelet, serpente, parmi les blancs galets, dans un très large lit.
        Une jeune femme y prend un bain de soleil ! Le pont est interminable avant Aulla.
        Ici se croisent “chemin d’Assise” et “Francigena” :
        Accueil remarquable, mais gîte mal aménagé pour tant de monde !


        Alpes Apuanes
        suite des Alpes Ligures, on en extrait le marbre de Carrare
        (Michel-Ange y aurait prélevé les blocs de marbre pour le tombeau de Jules II, … avec les moyens de l’époque .)

        Ugliancaldo
         : perché sur la crête, domine le pays.
        Effroyable montée dans les bois, chaleur torride, la paroi semble verticale.



        Ian m’attend et m’encourage, Alex nous précède et nous porte de l’eau fraiche à l’arrivée.
        J’en verse une partie sur ma tête, prête à exploser !

           

          Un long moment pour reprendre souffle et,
          enfin, m’émerveiller :
          Village préservé, ruelles, escaliers,
          passages sous maisons, presque désert :
          Silence ! Hôtel ouvert juste pour nous … !

         

       

         

         

          Pic d’Uccello et Mont Pisanino, nous faisaient signe
          depuis plusieurs jours :
          Ils dominent et flambent au soleil couchant.
          En bas, les lumières des villages, déjà dans la nuit,
          soulignent la plaine obscure, en dessous de nous.


        Chemin moins rude et plus fréquenté que l’A-V. Tirés de carrières au sommet des montagnes,
        des blocs de marbre énormes, dévalent la route sur des camions. Les freins hurlent !
        Pas d’hébergement dans la montagne :
        Nous gagnons Castelnuovo di Carfagnana gros bourg fortifié, par de petites routes tranquilles et ombragées.
        Rêvé de poulet rôti la nuit dernière : melon et poulet rôti au menu ! 37°C sur la route, tranquille !



        Le jour suivant, nous sommes frôlés par les camions, sur 18km … !
        Casse-croûte calme, au pont de “La Maddalena”.



        Le “Sercio” franchi, nous retrouvons le chemin.
        Une barre de montagne (modeste : – de 1000m) précède une région doucement vallonnée …
        "J’étais dans un hamac, suspendu à une perche portée à chaque extrémité par Ian et Alex."
        Mon rêve les fait bien rigoler, quand traversant un village de vacances désert,
        des hamacs sont accrochés aux arbres ! Bien sûr, nous les essayons en riant.
        Et pas besoin d’un “Psy” pour analyser mes rêves !



         

       


        Petrognano, bar plein à craquer : finale de la Coupe d’Europe, Barcelone/ Manchester-United !
        Ian et Alex sont fans, Jane charmante épouse de Ian est une ardente supportrice de Manchester !
        On nous fait de la place, des assiettes de "prosciutto et pizzas" calment nos faims !
        Repu, je les quitte pariant sur Barcelone. Barcelone gagne : Pauvre Jane !

        Dans ce bar où nous prenons un café, des “anciens” tapent le carton.
        Ils viennent nous dire, avec beaucoup de gentillesse,
        les quelques mots de français qu’ils connaissent, un bon moment !

        Fuccechio : La boulangère nous offre un gros paquet de croquets aux amandes : ma mère en faisait … !


        San Miniato Basso.

        Alex,
        qui doit rentrer travailler, nous quitte et rentourne en Angleterre !
         

           
          La Toscane
         : collines, couleurs, fleurs, ciel … : il pleut ! Sur la route, du monde à pied ou à vélo.

           


        Ian ébahi, découvre San Giminiano ! Déjà venu plusieurs fois, je ne me lasserai jamais d’admirer … !

           
         


          Petite pluie qui n’empêche pas d’admirer le paysage :
          Champs de blé et coquelicots, vignes, oliviers...
          Monterrigioni, bourgade ceinte de beaux remparts.
          Le chemin monte dans les bois, offrant une belle vue au-dessus de la forteresse médiévale,
          il se perd et nous avec et aussi les touristes américains, malgré leur GPS …

           

           


        Une journée consacrée à la visite de Sienne, ne peut pas être de trop … !

          

         

       

         

           Sienne quittée par la “Porta Roma” !
          Villas et haies de cyprès au sommet des collines...
          Vastes étendues de blés ondulant aux grés du vent...
          Lumière très douce…


        A Ponte d’Arbia, nous quittons le chemin d’Assise, pour suivre la Francigena vers Rome.
        Etape à San Quirico d’Orcia, belle petite ville toscane, église aux trois portails superbes !


         

          Sur les crêtes, éclairs et averses tombent à droite et à gauche…
          nous passons entre les gouttes !
          Arrivés sur le lac de Bolsena, le soleil est de retour !
          La ville de Bolsena est une ancienne capitale étrusque.
          Un château féodal la domine,
          d’où partent des ruelles étroites,
          de raides escaliers en tunnel…
          Beaucoup de charme !
          Dans la basilique Ste Christine :
          “Ave Maria de Schubert”.


        Jane
        , nous rejoint, et nous accompagnera jusqu’à Rome.
        Elle n’a pas oublié le kilt, qu’Ian son époux, (1/2 écossais) a parié de porter pour entrer à Rome…
        Il le porte sur 1 étape, et le jette … trop lourd. 
        (Un kilt pèserait environ 5kg)



        Beau chemin, champs de luzerne et d’avoine, échappées sur le lac.
        Devant une maison isolée, un gros figuier abrite table et chaises.
        Roberto bricole : « buongiorno signor ! »
        Heureux il me propose un verre d’eau fraîche : « Mais mes 2 amis arrivent ! – Bravo ! »
        Nous nous reposons un bon moment : eau fraîche, pain blanc, miel et confitures,
        Roberto voudrait nous garder, il nous invite à revenir … !



         

       

         

            
            Montefiascone
        , Hôtel Dante :
            De ma fenêtre, on découvre le lac de Bolsena dans toute son étendue !
            Nous dinons, sur la terrasse, face au soleil qui se couche sur le lac …

              
         


        Rencontre d’un couple d’Autrichiens !
        Via Cassia Antica, par endroit le pavement est d’époque : très émouvant !



        Au loin, grand troupeau de moutons, leur teinte se confond avec l’avoine bien mûre …

            
           
           
          A Viterbe, belle et ancienne citée, très vivante,
           la chambre d’hôte est construite dans la muraille de la ville ancienne !
           Ian a trouvé le départ du chemin qui quitte la ville en faisant le tour des remparts :
           Plusieurs palais y sont édifiés.

           

         

       


        Puis la Francigena se fait confuse, emprunte des chemins envahis de ronces ou coupés par des grillages.
        Par 2 fois j’arrive à en sortir, mais nous nous perdons dans les noisetiers …
        Retour sur la grande route, étroite et très chargée en ce soir de Pentecôte !
        Perdus, encore une fois, tout près du but.
        Etonné par la résistance de Jane, qui n’a pas notre entraînement, fatiguée, elle ne traîne pas … !

                     
                                  
                           Sutri                                                                                                                          Isola Farnese
        Sutri
        , ancienne ville étrusque, fortifiée, pique-nique sur la place centrale.
        Longue étape, sans intérêt, jusqu’à Monterosi !
        Le jour suivant est le dernier, avant l’arrivée à Rome.

        Temps lourd et orageux : nous nous désaltérons dans des villages perchés,
        puis un beau parc souillé par les rifiuti (ordures) laissées par les pique-niqueurs du week-end.
        Le chemin est bien balisé, nous nous trompons encore :
        Nous ne voyons pas une balise disposée en angle aigu sur la droite, et perdons une bonne heure !
        Puis un très violent orage éclate alors que nous sommes à hauteur d’un abri, encore une heure !
        Les rivières débordent… Crottés et fourbus, nous arrivons enfin à Isola Farnese, petit village :
        Maisons ocres, couvertes de jasmin qui embaume…

         

       


        Il ne reste que 18km pour Rome. Malgré la circulation intense, l’étape est agréable.
        Francigena bien balisée, des trottoirs assez larges, pas de zone commerciale ou industrielle…
        Nous retrouvons le couple d’Autrichiens, souvent rencontré, ces jours derniers.
        Arrivé “Via Triomphale” : Anglais et Autrichiens explorent calmement les parcs, RV fixé pour le soir.
        Je file au Château St Ange, dont je veux le timbre sur ma crédenciale.



         

        Fin de cet épisode.

     



    V - Rome -> Monte Sant'Angelo

     Du 9 Mai au 25 Mai 2012
     


      Cette partie de mon périple est moins agréable, trop souvent sur la route, je suis seul.
      Paysages moins éclatants, reliefs difficiles en fin d’étape.
      Mais toujours, l’extrême gentillesse de nos amis italiens !

      Quittant Rome, la Via Appia antica est dangereuse au début, puis sympa et calme sur environ 8km,
      enfin toujours agréable mais un peu troublée par l’exercice du “plus vieux métier du monde”!


              

      Ensuite 2h de marche, le long de routes au trafic intense ! Etape à Marino.
      Les jours suivants : cartes incomplètes, travaux, pas de bas-côté le long des routes : l’enfer !



       

       


        

                 

        Epuisé : je ne monte pas à Artena, village perché.
        Je trouverai un hôtel plus loin, sur la route !
        Un automobiliste veut parler chemins et m’offre un coca !
        Cinq gars, genre mauvais garçons font griller des pilons de poulet
        au bord de la route, je m’invite (en payant !) on discute,
        ils sont très sympa !


        Anani 
        : en 1303, aux ordres du roi de France Philippe le Bel,
        Guillaume de Nogaret, humilie le Pape Boniface VIII !
        Ville intéressante toute en escaliers.
        En haut, comme une forteresse : le Dôme.

         

       


        Vers Veroli, l’artisan à qui je demande mon chemin me propose un bout de trajet en voiture :
        Je refuse et le regrette bien !
        Une dame, avec sa petite fille Chiara (4 ans) me renseigne, m’offre un café chez elle,
        me propose un plat de pâtes ! Le mari, sympa arrive au moment où je pars : nouvelle interview !
        Je ne compte pas le nombre d’arrêts ce jour là …
        et Veroli est encore loin, perché, tout en haut de la montagne :
        5km de montée très dure, sous la cagna …
        En haut, c’est la fête, mais pas d’hôtel. Le mien est tout en bas, je suis monté pour rien … !
        On vient me chercher (vive le téléphone portable)

        Etape de 24km : Coprana. A l’hôtel mariage fastueux : jardin illuminé, jeux d’eau … très kitch !
        Long repos, dans ma chambre sous les toits puis promenade en ville : On fête la victoire de la “Juv”.
        La nuit orage, crépitement de la pluie sur le toit. Au matin tout est sec, il fait beaucoup plus frais. …

        Aquino
        , une grande basilique moderne est consacrée à St Thomas d’Aquin (“le docteur angélique”, XIIIe s.),
        le reste de la ville ne me semble pas mériter grande attention !
         

       

     

       

           
         

        Cassino
        , monastère fondé par Saint-Benoit !
        La petite route bordée de jasmin embaume et débouche sur le musée archéologique :
        Théâtre, amphithéâtre : pique nique face aux ruines, la ville à mes pieds.
        Sac déposé à l’hôtel, j’engage la montée de 5km vers l’énorme bâtisse de granit clair.


               


        Plusieurs centaines de moines y logeraient, il y en a, parait-il, 8 !
        Stop pour descendre. Repos à l’hôtel et balade.
        La ville est très vivante, le monastère, énorme caserne domine et se voit de partout !
         

       

     

       

          

        
        Asefro 
      : le papa d’une amie pèlerine,
        tué au cours des combats autour du Mont Cassin,
        est enterré là avec ses compagnons.
        Jeudi de L’Ascension :
        Travaillé en Italie (et en Espagne) pas en France, république laïque.
        Le cimetière, sous administration française, est donc fermé ce jour là !
        L’hôtelier, qui est aussi gardien du cimetière, me raconte cela, hilare !
        Quittant Asefro, je passe devant le cimetière militaire :
        Je ne peux pas tenir ma promesse, mais j’ai une pensée émue !
        Après quelques km, une voiture me fonce dessus, phares et clignotants allumés :
        L’hôtelier me rapporte ma carte d’identité oubliée sur son comptoir ! Merci !
        Egaré, la route me conduit très loin de la “Santa Addolorata”:
        Basilique, où il y a une auberge pour pèlerins, un taxi m’y mène !
       

       

             
         
         

        A la sortie de Vinchiaturo, un petit monsieur sans âge m’indique les petites routes à emprunter, Merci !
        Relief tourmenté mais calme, très beaux paysages, des villes fortifiées sont perchées au loin !
        Expresso sur la place ensoleillée d’un village. Sans le dire, les clients, paient pour moi, encore
        Merci !

        Ielsi
        , dîner au milieu d’une bande d’enfants hurlant, et c’est pire quand les parents arrivent… !
        Le lendemain, un petit col à 900m et 1h de route très calme, puis une nationale, un tunnel,
        un autre plus long, d’autres s’annoncent :
        J’ai peur, pas d’espace piéton, ma torche est insuffisante pour écarter les dangers.
        A la première possibilité, je m’éloigne de la route principale …
        Un conducteur propose de me remettre sur le chemin …
        Merci à lui.


         

       

          
       

                              

       

         J’avais invoqué St Jacques et St Michel,
        ils ont répondu, comme d’hab. !
        Mais la route est encore très longue, avec de belles dénivelées :
        J’arrive, exténué, à l’agriturismo de San Marco la Catola !
        Le gluten est bien connu ici :
        Les 2 fils du patron sont intolérants…
        On me nourrit en conséquence.
        Au moment de partir le patron m’offre 2 paquets de biscuits
        sans gluten de sa fabrication …

        Problème :
        Mon pied droit est à nouveau dans un état lamentable …
        J’ai ce qu’il faut pour le soigner et essaye un nouveau
        système de pansement qui se révèle efficace.

        Je fais une pause, devant ce qui semble être une maison en ruine,
        un couple de personnes âgées y vit, heureux de parler,
        ils m’offrent une chaise, de l’eau fraiche.
        Lui parle français et se souvient qu’on mange bien à Lyon…

        Lucera,
        belle ville aimée de Frédéric Barberousse … !
        Très bon hôtel, prix raisonnable …

       


        Ligne droite sur presque 23km avec bas côtés !
        A San-Sévero, il se met à pleuvoir ! La ville est importante, mais tout est fermé …
        Difficile de se nourrir ! L’étape suivante est pratiquement plate, immenses parcs de panneaux solaires.
        Je fatigue et honteux, prends le bus au moment où ça commence à monter, 5km avant San Giovanni Rotondo.

        La ville est dominée par un immense et superbe hôpital, construit grâce aux dons des quelques 7 millions
        de pèlerins qui viennent chaque année prier Padre Pio (canonisé en 2002 !)
        (Casa Sollievo della Sofferenza : maison du soulagement de la douleur !)

        Toute la ville regorge d’images, photos, statues de toutes dimensions, du Saint.
        Une importante cérémonie, présidée par un cardinal, a lieu dans la Chiesa di San Pio !
        Le cardinal est précédé par une double et interminable rangée de prêtres en cool blanche :
        Ils sont plus d’une centaine ! C’est encore plus impressionnant qu’à Lourdes !
         

       

        
         

                     
       

        Longue route, ça monte ... troupeaux de moutons, cols.

        Quand enfin le Monte San-Angelo !!!
        but et terme de mon cheminement,
        se montre tout là-haut, sur sa montagne...
        L’énergie revient…
        pour affronter 2 heures de montée, en lacets !

        Montée qui débouche juste sur la maison des pèlerins,
        grande bâtisse construite à flanc de falaise,
        où il faut jouer avec les ascenseurs.
        J’y suis seul :
        Accueil aimable, bonne chambre et service impec.
        Dans l’immense salle à manger je suis seul !

        Je reste deux nuits, ce qui me laisse le temps de visiter
        et prier calmement l’Archange Saint Michel,

        mon Saint Patron, dans la grotte souterraine.

         

       


        Puis le beau village blanc, où le soleil m’accompagne.




        Mon objectif est atteint !

         



        Je rentre : Bus pour Manfredonia.
                        Train pour Rome
                        Et avion Rome-Paris...


         

        La fin d’une belle aventure …!